CIEL MON LABICHE!

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chapeau

C’est l’histoire d’un chapeau de paille mangé par un cheval pendant que la propriétaire du chapeau se promène en pleine forêt avec son amant.

Et à partir de ce simple accident, il n’en faut pas plus à l’un des maîtres incontestés du Vaudeville à la francaise pour imaginer une folle cavalcade chez les petits bourgeois parisiens. De la maison du futur marié à la chapellerie de son ancienne mâitresse en passant par le logis du joyeux cocu, on se prend à suivre la folle journée de Fadinard courant après le temps pour sauver sa noce et sa réputation.

Cette pièce nécéssite un grand renfort de comédiens et de décors mais Caroline RAUX a eu la riche idée de faire sans tout cela. Avec 5 comédiens dopés à la bonne humeur contagieuse et par un ingénieux jeu de panneaux escamotables et mobilier transformable, elle relève haut la main son pari. Car on assiste là à du VRAI THEATRE. Ou tout repose sur les comédiens, en véritables artisans de la scène. C’est par leur performance millimètrée et savamment orchestrée que tout existe sur scène. Ils sont tous les 5 épatants, passant d’un rôle à l’autre en une fraction de seconde parfois.

Grégory BELLANGER est formidable en Fadinard dépassé par les évènements. Camille LUDIG pétille dans toutes ses compositions féminines (irrésistible baronne). Romain LACROIX et Maxime TREGARO sont parfaits en petits bourgeois mais la palme revient à la peformance de Christopher BAYEMI qui a lui seul vaut le déplacement!

La pièce n’a pas pris une ride et le coup de jeune que lui insuffle cette compagnie lui donne la modernité nécéssaire pour nous convaincre. Le public rit de bon coeur et ne boude pas son plaisir. On ne voit pas le temps passer, on s’amuse des anachronismes et des passages musicaux bien sentis. On se régale sans arrière pensée et c’est là le principal.

Du théâtre comme on aimerait en voir bien plus souvent !

UN CHAPEAU DE PAILLE D’ITALIE

Théâtre des Béliers Avignon

FEMMES FEMMES FEMMES

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femmes

Une comédie riche et une création musicale éclatante vous plongent au coeur de la passion et de la folie des personnages.

Voilà un bel hommage à l’Illustre Théâtre par cette illustre compagnie. Dans une scènographie esthétique et délicate faisant la part belle au théâtre de trétaux, Les Croqueurs proposent une bien jolie lecture de ce classique du maestro Molière. Au son des créations musicales pleines d’élègance et d’entrain de Lionel LOSADA, c’est une compagnie fort inspirée qui redonne vie à la terrible Philaminthe, la délicieuse Henriette ou encore au ridicule Trissotin.

Grâce à leur jeu maîtrisé, les alexadrins passent comme une lettre à la poste sans musicalité superflue avec un véritable sens du timing et de la rupture qui apportent une vraie modernité à l’ensemble. On se délecte, on s’amuse franchement et on se prend à redécouvrir toutes les jolies nuances de ce texte. Si la pièce est une critique évidente des femmes voulant se faire une tête bien faite au contact de curieux personnages, charlatans et autres philosophes, elle leur rend aussi hommage

La distribution est qualibrée, de haute volée, tout est soigné dans les moindres détails : du chant choral, aux tirades en passant par les enchâinements, c’est fort réussi. C’est un succès : les plus jeunes rit de bon coeur, les plus âgés s’amusent de l’actualité qui trouve un écho évident dans la pièce

On ne saurait citer un comédien en particulier tant c’est l’énergie collective qui est à saluer, sous la houlette de Loïc FIEFFE

A voir de toute urgence au Collège de La Salle!

 

LES FEMMES SAVANTES

Collège de La Salle

POLAR DE GARE

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Welcome

Une pièce d’Agatha Christie, la référence absolue et indétrônable dans l’univers policier.

Choisir la pièce à succès de Tante Agatha est un pari risqué et la compagnie La Conquête de L’Ouest se prend les pieds dans le tapis du manoir Monkswell.

L’intrigue doit tenir le public en haleine, la mise en scène devrait donner ce qu’il faut de sueurs froides, les comédiens pourraient se délecter de perdre le spectateur attentif, mais dans cette adaptation il n’en sera rien. On assistera médusé à un spectacle proche d’un amateurisme déconcertant, sans réelle direction d’acteurs et une mise en espace qui donne à se poser de sérieuses questions : la neige au stromboscope, un étranglement guignolesque, un revolver sans balles, des chorégraphies dont on peut remettre en cause l’utilité, un décor dont on pourrait se passer, un jeu sans maîtrise et nuances. Rien ne va vraiment dans cette adaptation même si on sent une réelle envie et de la passion.

Ceux qui auront vu la version londonnienne n’en croiront hélas pas leurs yeux; ceux qui se souviendront de la sublime performance de Marc Citti en Trotter il y’a quelques années à la Comédie des Champs Elysées seront décontenancés et les parisiens qui auront vu la récente version donnée au Théâtre du Petit Gymnase quitteront surement la salle avant la fin.

L’essence même de la pièce n’est plus là, tout est exacerbé, surjoué pour ne pas dire survolé. Rain hurle fort et saute partout (pour que l’on comprenne bien qu’il est un peu dérangé), Molly à le regard dans le vide (oui elle se pose pleins de questions) et l’époux Davis parle dans sa barbe pour jouer au mari ténébreux. On y croit pas.

La copie est à revoir…

WELCOME

Théâtre Buffon

ENTRE REVES ET SOUVENIRS

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gaia

Grandir avec deux cultures, entourée de femmes et ne rêver que d’une seule chose: devenir chanteuse de soul.
Voilà l’histoire de celle qu’on appelle Gaïa qui nous ouvre les portes de ses souvenirs avec sa mémé : Mouima.
Avec Mouima, on parle d’amour, on cuisine, on se rit des hommes…

Dans l’intimité d’une tente berbère, aux sons de la guitares et des souvenirs, le public va devenir une heure durant le témoin privilègié du récit de Lina « Gaia », de son enfance dans les jupes de l’inénarrable Mouima, aux standards de la soul music dont elle se délecte en passant par les premiers amours et les complications naturelles d’une petite fille qui se transforme peu à peu en femme. Il y’a la poésie de chaque instant, l’humour omniprésent et surtout une large place offerte aux rêves.

Plus besoin de présenter Lina LAMARA, cette interprète de haut vol que certains auront apercu dans leur petit écran dans l’émission aux fauteuils qui se retournent. Si on connaissait son talent pour la comédie musicale, on découvre ici une sensibilité à fleur de peau, une gouaille généreuse, une voix toujours superbement maîtrisée. Elle dompte la scène comme personne et tient en haleine un auditoire fasciné. Ici pas de grande scènographie : juste une alcôve de tissu et un guitariste « romantique » alias Pierre DELAUP pour emmener le spectateur dans le pays des merveilles de Gaia, pour chercher avec elle la clef de son destin. Plus Gaia se libère, puis Mouima se livre sur son passé, enlevant son masque de matronne au coeur gros comme ca.

C’est délicieux et sucré comme un gateau oriental, passionnant comme un biopic, et la voix de Lina donne le frisson. On rit, on pleure, on s’interroge, on se rappelle ses propres souvenirs d’enfance.  Pour finalement ressortir sur un petit nuage, le coeur lèger et la tête pleine de rêves. Un spectacle d’utilité publique en ces temps ou nos libertés et nos valeurs sont remises en cause chaque jour.

S’abandonner au récit de Gaia est un plaisir coupable; mais voici une culpabilité délicieuse.

Amis parisiens, ne boudez pas votre plaisir si vous n’étes pas en Avignon, car la belle débarque à la rentrée au Petit Mathurin, vous voilà donc prévenus.

Un coup de coeur, un rêve éveillé.

LA CLEF DE GAIA

Théâtre Le Grand Pavois

LIBERTE(s)

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anna

Anna Karénine, issue de la  » bonne  » société et mariée à un haut fonctionnaire, trompe son mari. Femme sincère en quête d’absolu, elle sacrifie tout à sa liaison : sa vie de femme, sa vie d’épouse, sa vie de mère et sa réputation. Ce courant la porte inévitablement vers la mort.

Incarnation du péché ou étendard de la liberté, voici la question que pose Laetitia GONZALBES avec cette relecture du chef d’oeuvre de TOLSTOI. Du roman originel subsiste l’intrigue mais c’est pour l’angle de vue et la liberté prise par la compagnie que cette création vaut absolument le détour. Et pour cause: la question de l’homosexualité prend ici le pas sur le destin lamentable d’Anna, emprisonnée dans les carcans bourgeois de son diable d’époux. C’est la le génie de ce spectacle. Réancrer le destin d’une des plus grandes héroines de la littérature russe dans notre actualité.

Sur scène, ils sont quatre : Anna et sa candeur, Varinka et son refus des conventions, Karenine et son amour sans retour, l’homme son nom et son souffle mortel. Ils évoluent dans la froideur de tubes néons et la transparence d’élèments en plastique, pris au piège de ce décor évolutif parfaitement imaginé.

Anna c’est Peggy MARTINEAU, candide et déchirante de justesse dans ce rôle qui lui colle à la peau. Elle ne joue pas le personnage, c’est lui qui l’habite totalement. Elle donne du relief à cette femme assoifée de liberté sans jamais sombrer dans une caricature simpliste. Maroussia HENRICH est elle aussi vénéneuse que bouleversante en Varinka. Leur duo est un grand moment de théâtre qui vaut à lui seul le détour.

On est happés, accompagnant Anna vers cette mort qu’elle ne peut plus éviter. La mort c’est cette homme sans nom qui se fait tantôt domestique, tantôt confident ou narrateur externe. Celui qui recueillera le dernier souffle de vie d’Anna sur cette voie de chemin de fer. Samuel DEBURE est aussi inquiètant que charmant, aussi dangereux que palpable.

Un moment de grâce flotte sur le théâtre du Roi René grâce à cette relecture extraordinaire. Coup de coeur assuré.

ANNA KARENINE

Théâtre du Roi René

CIEL MON COURTELINE

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courteline

Les personnages de plusieurs pièces de Courteline évoluent dans l’univers de la coulisse d’un cirque des années 20.

Encore une belle surprise que nous réserve ce OFF 2017 avec COURTELINE. Bien sûr les spectateurs avertis se diront  » encore ces courtes pièces vues et revues! ». Il n’en fallait pas plus pour la talentueuse compagnie KAPO KOMICA pour leur donner tort. Tout dans ce spectacle n’est qu’imagination, invention, chasse au déjà vu. Sans chercher à les lier autrement que par les artistes de ce cirque tim burtonien, Mikael FASULO signe là une création aussi délirante qu’esthètique, aussi burlesque que boulevardesque.

4 courtes pièces donc ou l’un des maîtres du Vaudeville dépeint sans pareil les affres du couples, les petits travers domestiques et bourgeois ou l’absurdité de nos institutions. Les six comédiens se donnent sans compter, sans surjeu mais avec toute la folie nécéssaire à ces pièces. Les deux bourgeoises desespèrées de Gros Chagrins se font soeurs siamoises, le couple au bord de la crise de nerfs de La Peur des Coups un duo de piste jaloux et ce pauvre Champignon un achille triste en tutu. La musique de Blu B.O donne le « la » à cette famille circacienne un peu dérangée.

Tout est parfaitement huilé, millimétré, calibré pour le plus grand plaisir du spectateur qui ne boudera pas son plaisir.

Voilà une belle facon de réviser ses classiques ! Du vrai théâtre populaire dans le plus noble sens du terme.

COURTELINE

Essaion Avignon

 

HYMNE A LA LIBERTE

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guerre

En 1942 ,entre Paris et Saint-Dizier, six personnes que rien ne destinait à se rencontrer se retrouvent mêlées au sabotage d’un train allemand.

Il aura fallu une rencontre : celle de Marie Céline LACHAUD et Nicolas SKILBECK pour donner naissance à cette pépite musicale et dramatique qui se joue chaque jour au Nouveau Ring. Si au premier abord, le thème que certains jugeront trop vité éculé, peut effrayer, il ne faut pourtant guère se priver de cette création plurielle ou se conjuguent avec intelligence, humour, emotion et Histoire. Entre le cabaret de la Rose Noire et la morne ville de Saint Dizier vont se croiser plusieurs personnages qui vont lier à jamais leurs destins, leurs rêves, leurs désillusions. Il ne faut point trop en dire pour ne pas gâcher le plaisir du spectateur.

Sur scène sans renfort de décors savants, d’illusoires effets spéciaux, ce sont les artistes au sommet de leur art qui inteprètent avec brio cette histoire. Il y’a Lucie, jeune secrétaire aux Chemins de fer campée avec une immense délicatesse par Marie OPPERT, Etienne; exceptionnel et boulversant Matthieu BRUGOT ou encore Nini, facétieuse et déchirante Sophie DELMAS. Mais tous sont à citer car il s’agit bien là d’une oeuvre chorale, ou chacun porte haut et fort son combat : Olivier RUIDAVET impayable Gaby, Julien MIOR parfait dans ses rôles de Gilbert et Maurice; Edouard THIEBAULT inquiètant Rupert, Arnaud DENISSEL curieux et mystèrieux Fanfan et enfin Cloé HORRY, libre Nora.

Leurs voix, leurs inteprètations au diapason n’ont guère besoin d’être sublimées: elles se suffisent à elles seules. Sur le plateau noir, seuls quelques accessoires et des chaises d’écoles donneront les repères de lieu ou de temps au spectateur, qui sera emporté 1h20 durant dans cette histoire ou chacun cherche à trouver sa voie, dans un contexte politique qu’il n’est guère nécéssaire de rappeler.

En sortant de la salle, on se tait. Il n’y a pas de mot pour exprimer la beauté du spectacle que donne cette équipe sous la direction plus qu’inspirée de Christophe LUTHINGER. Un coup de coeur, c’est évident. Un coup de coeur, c’est indéniable! Un must see du OFF 2017

QUAND LA GUERRE SERA FINIE

Le Nouveau Ring